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La sureté des expatriés et voyageurs d'affaires face au terrorisme

Conseiller Technique National Opérationnel

Malgré les risques sociaux, politiques et sécuritaires dont plusieurs territoires du monde sont marqués, les entreprises y compris les PME, n’hésitent plus à parier sur leur installation à l’étranger en vue d’assurer leur développement. Des exemples de grandes entreprises, précurseurs dans le domaine, sont là pour apporter leur témoignage aux nouveaux conquérants. « Le risque géopolitique existe et pèse sur la sécurité des équipes, obligées notamment d’évacuer leur lieu de travail lorsqu’Al Quaïda s’est retrouvé proche de notre usine au Yemen », témoigne Patrick Pouyanné, PDG de total. Aussi, un long apprentissage de la culture du pays, de la façon de travailler et de traiter des affaires avec des cultures différentes doit s’opérer pour les entreprises au-delà des contextes sécuritaires.

Alors que les entreprises cherchent des relais de croissance dans des pays aux économies dynamiques, les conditions de sécurité se dégradent dramatiquement : 14 janvier 2016, explosions revendiquées par l’Etat Islamique à Djakarta dans un quartier fréquenté par les expatriés. 15 janvier 2016, un restaurant prisé des ressortissants étrangers est pris pour cible à Ouagadougou par Al-Qaïda au Maghreb Islamique. 20 novembre 2016, prise d’otage au Radison Hôtel à Bamako qui hébergeait des collaborateurs d’Engie et Tahles. Plus médiatiques que les agressions de droit commun, une centaine par an, les entreprises prennent conscience de la vulnérabilité de leurs collaborateurs à l’international.

Malgré la perception de l’insécurité à l’international de plus en plus forte, moins d’une entreprise sur quatre a un dispositif de gestion de crise des déplacements de ses collaborateurs à l’étranger. Cela souligne que les entreprises ne sont pas préparées à un tel risque et font appel à la chance lors de la survenue d’un événement : « Nous avons eu de la chance » témoigne le directeur de l’un de ces groupes dont des salariés se trouvaient à l’Hôtel Radisson à Bamako le 20 novembre 2016. Dans un contexte où la menace a pris racine dans notre quotidien, la sécurité de leur environnement international et national (prise d’otages dans une imprimerie à Dammartin en Goël, explosion d’une agence immobilière à Furiani…), les dirigeants doivent faire face aujourd’hui à des questions jusque-là peu ou pas abordées. Toutefois les lignes ont du mal à bouger et beaucoup de chemin reste à parcourir ; faute de moyens, de compétences, d’accompagnement, les entreprises n’ont pas encore fait une priorité de la sécurité à l’étranger. Loin d’être une entrave au développement du business à l’étranger, la sécurité est une composante stratégique majeure de la performance économique, de la réputation et de l’image des entreprises.

Les attaques de Bamako et de Ouagadougou ont montré que des failles existaient dans les dispositifs de sécurité des infrastructures hôtelières et de restauration, celles-ci agissant comme de véritables « pots de miel » pour les terroristes. Aussi, des audits et inspections peuvent être diligentés mais il convient en parallèle de former et d’informer les collaborateurs sur les bonnes pratiques, gestes qui sauvent et conduites à tenir en cas d’événements (prise d’otage, fusillade, explosion…). Alain Juillet, président du CDSE souligne : « Si la chance sourit aux audacieux, …elle favorise aussi ceux qui s’y sont préparés ». Aussi, une réelle politique de gestion des risques s’impose face aux défis sécuritaires pour protéger les entreprises, leurs collaborateurs et leurs intérêts.

Et pour la France ? La question du risque attentat semblait réservée aux sociétés implantées ou ayant des activités à l’étranger avec des collaborateurs expatriés ou voyageurs d’affaires dans des zones instables. Les chefs d’entreprises françaises voyaient ce risque comme improbable en France et reportaient la gestion par l’Etat de la sécurité sur les risques terroristes. Les événements (Attentat à l’Hyper Casher, au Super U de Trèbes…) ont changé la donne et nul dirigeant ne peut écarter la menace, qui pèse sur les entreprises. Le transfert de compétence en termes de sécurité est en train de s’opérer vers des sociétés privées de sécurité avec des agents spécialement entrainés et armés. La CPME et le syndicat national des entreprises de sécurité privée ont publié une liste de 10 mesures applicables aux PME, la première visant à « évaluer les risques et identifier les menaces et leurs probabilités, les suivantes visant l’intégration de la sûreté en amont de l’organisation ». Rappelons le, le dirigeant (personne physique) et l’entreprise (personne morale) sont responsables au civil et au pénal et les risques de mises en cause réels ; Article L. 421-1 du Code du travail, Article L.452-1 du Code de la Sécurité Sociale et jurisprudence des arrêtés Jolo (2000) et DCN (2002). Toutefois, la prise en compte du risque sécuritaire attentat a un cout économique qu’il convient d’optimiser par une évaluation et un audit adéquat au même titre que tout autre investissement.


A propos de l'auteur :

Fabien Valente - Croix Rouge Formation

Fabien VALENTE, Conseiller Technique National Opérationnel à la Croix Rouge française, ex délégué au Comité International de la Croix Rouge et titulaire d'un Master en Ingénierie et Sécurité Globale Appliquée. Actuellement, responsable communication et RSE pour l'Institut Régional de Formation Sanitaire et Social de la Croix Rouge Occitanie.

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